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Avignon, Collection Lambert : “Il fallait apporter un peu de modernité !”

26 avril 2016 | Par David Abittan

Pour la sixième étape de notre “tour de France architectural”, direction Avignon. Au programme, une balade le long des remparts, la visite d’un bâtiment intramuros, mais aussi une dérive à vélo du côté de l’aéroport.

Halles d'Avignon - Façade végétale par Patrick Blanc - Photo : David Abittan

Halles d’Avignon – Façade végétale par Patrick Blanc – Photo : David Abittan

L’architecture contemporaine est partout. Elle est parfois discrète, humble ou pastiche, parfois un peu plus loin des centres, mais par définition, elle est inévitable dans notre époque. Qu’elle prenne place à Lyon, à Bordeaux ou à Avignon. A Avignon, et pas en Avignon, même si la manifestation la plus flagrante que l’on puisse y trouver s’appelle justement, la Collection Lambert en Avignon.

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Mais à bien y réfléchir, et quoi qu’en disent les académiciens, la préposition “en” n’est peut-être pas non plus inadaptée pour traduire l’hétérogénéité particulière de cette ville. Je proposerais même de rajouter une marque de pluriel pour expliciter l’idée.

En Avignons, donc, j’ai parcouru les routes. Depuis l’entrée de ville jusqu’à l’hypercentre, c’est une commune aux architectures multiples. Le phénomène n’est pas propre à la Cité des Papes, mais l’épais rempart qui encercle son coeur historique accentue le phénomène, et la large route qui l’entoure, plus encore.

Rempart d'Avignon depuis la rue - Photo : David Abittan

Rempart d’Avignon depuis la rue – Photo : David Abittan

D’abord, il y a le dehors. Une ville dans la ville, avec ses propres typologies. Je n’en suis resté pour ma part qu’à quelques quartiers récents : le parc des expositions, Agroparc, l’aéroport… “Si vous êtes venu jusqu’ici pour voir ça, c’est quand même bizarre”, s’amusera mon hôte quand je lui raconterais ma journée. Elle n’a pas complètement tort. C’était bizarre, puisque j’y étais tout seul. Week-end oblige, les salariés manquaient au rendez-vous.

Elle n’avait pas complètement raison non plus, car je suis venu voir Avignon(s), et que la ville est là aussi. Elle s’y développe d’ailleurs, à en croire tous les chantiers en cours. Et puis, j’ai vu des choses intéressantes, notamment le Technopole Pégase, par l’Agence d’Architecture Boyer-Percheron. Impossible d’y entrer, mais cet assemblage de volumes m’a plu : un imposant pavé bardé de bois, d’où s’échappe un bâtiment un U à peine plus bas, aux façade bétonnées dont les longues ouvertures filantes sont cachées derrière des lames, de bois également, horizontales ou verticales.

Aussi deux bâtiments de Fradin Weck et Architectes Associés, plutôt génériques, mais pas déplaisants. Dans les environs, l’aéroport d’Avignon-Provence, un écoquartier, et des morceaux de ville plus traditionnelle, du pavillon individuel, du collectif plus ou moins dense… et la Pyramide de Jean-François Quelderie (1987, quand même !).

Ensuite, il y a les remparts. Tandis que Paris enterre son boulevard périphérique pour atténuer autant que possible la séparation d’avec ses banlieues, Avignon ne peut en revanche faire disparaître ses remparts. Ils sont les rappels du passé médiéval de la ville et la route dense qui les ceinture finalement les révèle encore plus. En face, des constructions qui se montrent. Mise à part la gare, cachée en second plan, les bâtiments vis-à-vis des remparts sont pour la plupart plus hauts que ceux-ci.

Parmi la succession d’architectures d’époques variés (des hôtels particuliers plus que centenaires, et un catalogue de bâtiments quelconques des dernières décennies), quelques constructions contemporaines qui se démarquent. Notamment l’hôtel de police par Jean-Paul Cassulo, et le palais de justice par Adrien Fainsilber, bien que les nombreux bâtiments qui le composent semblent un peu à l’étroit dans leur parcelle.

Enfin, il y a le dedans. Des souvenirs de quelques festivals d’Avignon, je n’avais d’autre image en tête que celle d’une ville médiévale, Papauté éphémère aux reliques omniprésentes. Vidée de ses foules et de ses affiches, j’ai pu cette fois apercevoir des logements plus récents, et deux exemples notables d’architecture contemporaines, deux réhabilitation.

La première, au coeur de la ville, consiste en la mise en place d’un mur végétal (Patrick Blanc, 2005) sur les halles de 1974, comme pour faire oublier la destruction du marché septentenaire qui lui a laissé la place. Sur le sujet, le diaporama diffusé sur le site web du marché montre bien la transformation de la place à travers le bâtiment qui en occupe le centre.

La deuxième réhabilitation, plus récente encore et particulièrement réussie, se situe plus au Sud vers la Porte de la République. Deux hôtels particuliers du XVIIIème siècle, forment désormais un seul musée. Les frères Berger (Cyrille, architecte et Laurent, plasticien) ont aménagé entre les deux bâtiments distincts une multitude de passages. De l’extérieur, ça se matérialise par un gros bloc de marbre, de même hauteur que la façade, embouti dans celle-ci. 

Extension et réhabilitation de la Collection Lambert en Avignon - Arch. Berger & Berger - Photo : David Abittan

Extension et réhabilitation de la Collection Lambert en Avignon – Arch. Berger & Berger – Photo : David Abittan

De l’intérieur, c’est un atrium haut de plafond, desservi par un escalier hélicoïdal en béton, fluet mais immanquable. Des quelques personnes rencontrées sur place, l’une trouvait l’ensemble “sobre et bien intégré”, une autre au contraire se félicitait d’un “choc des matériaux”. Moi-même je n’ai pas su me positionner.

Mais de l’avis de tous, le bâtiment est une réussite, “un parfait équilibre entre la place donné aux oeuvre et l’intérêt que l’on porte au lieu” précisera la première. Un troisième visiteur, souvent de passage à Avignon et retrouvant pour la première fois le lieu depuis sa réouverture, s’est félicité de la démarche, plus que du bâtiment en lui-même : “Il fallait apporter un peu de modernité dans cette ville, j’espère que ça continuera dans ce sens”.

Il y a de quoi en douter, car l’équilibre de la ville ne dépend pas tant de son évolution, que de la préservation de son centre. Les flux de visiteurs déambulant depuis la gare ne se dirigeaient évidemment pas vers les quartiers périphériques, ni-même vers la Collection Lambert, la foule qui avançait le long du Cours Jean Jaurès semblait prendre plutôt la direction de l’ensemble classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco : le Palais des papes, l’ensemble épiscopal et le Pont d’Avignon.

La vraie “modernité” est ailleurs. Des travaux attendus de longue date ont démarré quelques jours plus tôt car un tramway va relier dans quelques temps la ville à d’autres communes du Grand Avignon. Un tramway pour les Avignonnais plus que pour les touristes, finalement ça vaut bien bien de préserver quelques ruines.

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