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A Toulon, place de la Liberté : “Les bâtiments, on ne les voit plus”

22 avril 2016 | Par David Abittan

Après sept jours de voyage, le tour de France de l’architecture s’est arrêté à Toulon. Visite du port, du centre-ville, de la gare, et discussions improvisées.

Au centre : Maison de la Recherche Euroméditerranéenne et institut Ingémédia - Arch. Agence Nicolas Michelin & Associés - Photo : Julien Lanoo

Au centre : Maison de la Recherche Euroméditerranéenne et institut Ingémédia – Arch. Agence Nicolas Michelin & Associés – Photo : Julien Lanoo

La première image d’une ville n’est pas forcément la plus importante, mais quand même, elle reste. Ces trois énormes blocs blancs, dos à la mer, regardant vers les villes alentours, c’est un peu le collier hawaïen du coin, ils annoncent notre arrivée, nous souhaitent la bienvenue. Mais plus qu’un landmark qui marquerait juste l’entrée géographique, le nouveau bâtiment du campus de Toulon atteste également de l’entrée de la ville dans une nouvelle ère. Faute de mettre en avant la période actuelle, autant préparer l’avenir.

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En élaborant l’étape du jour, je ne savais pourtant pas trop à quoi m’attendre. Si vous tapez Toulon dans Google Actualité, il n’y a rien que du rugby. Si on ajoute architecture, quelques adresses de praticiens locaux. Il faut connaître l’histoire de la ville pour en avoir davantage, rajouter au moins le nom de Mailly qui a organisé la reconstruction d’après-guerre, pour mieux comprendre la physionomie des bâtiments : la grande barre du front de mer, la très haute mairie, les bâtiments paquebots et les tours d’entrée de ville.

Toulon fait partie de ces villes détruites par les bombardements de la seconde guerre mondiale, puis reconstruites en grande partie selon les principes du mouvement moderne. Mais qui ici le sait ? Pas cette jeune fille en tout cas, parlant à ses copines tandis que je photographiais le bâtiment des Galeries Lafayette : “Wesh les gens ils prennent n’importe quoi en photo, comme si c’était…” Elle n’a pas besoin de finir la phrase pour faire rire son aréopage.

Pour une fois que je ne sollicite pas la discussion, je ne me prive pas de la prolonger. Je lui demande son avis sur l’immeuble en question (ex-bâtiment “Aux Dames de France”, arch. Pierre de Montaut, 1951) ou sur l’ancienne Caisse d’Epargne dont la haute tour est visible d’ici. Deux labels Patrimoine du XXème siècle depuis un même point de vue. Sa réponse n’a rien d’étonnant :

– J’avais jamais fait attention !
– Et tu trouves ça beau ?
– Ca va…
– Est-ce qu’il y a un bâtiment que tu aimes bien, par ici ?
– En fait, on est tellement habitué qu’on ne les voit même plus, les bâtiments !

Avec la région Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte-d’Azur est celle qui compte le plus d’édifices labellisés par le Ministère de la Culture. Mais apparement, la discrète plaque posée sur la façade ne suffit pas. Peut-être les grands travaux qui transforment actuellement le centre-ville permettront de voir d’un nouvel oeil la richesse architecturale de Toulon. En attendant la fin de la “rénovation du centre-ville” dans le cadre du PNRU et le réaménagement de l’ancien hôpital Chalucet en “quartier de la créativité et de la connaissance” par Corinne Vezzoni, mes interlocuteurs ne me parlent que des trois pavés dressés à l’entrée de la ville lorsque j’évoque l’architecture. Et tant pis pour la gare SNCF, pourtant magnifiquement rénovée par l’équipe de Jean-Marie Duthilleul.

Gare de Toulon - Arch. J.-M. Duthilleul, F. Bonnefille, E. Tricaud - Photo : David Abittan

Gare de Toulon – Arch. J.-M. Duthilleul, F. Bonnefille, E. Tricaud – Photo : David Abittan

Convaincu que la réhabilitation de la vieille gare vaut bien quelques images, je me rends sur place pour photographier le bâtiment. Des photos de la façades, du parvis, des espaces d’attente extérieurs… Je rentre dans le hall pour les avoir de l’intérieur à travers la vitre, lorsqu’un vigile m’interpelle : “Monsieur, pas de photos ici s’il vous plait !” Pour toute réponse, tandis que je souhaite en savoir plus sur cette interdiction, il m’invite à me rendre au guichet d’accueil. La personne du guichet fait appeler une responsable, après qui je verrais un de ces collègues, lui même me renvoyant vers la directrice.

Et voilà comment je me retrouve à l’étage du personnel, à photographier désormais le parvis depuis le haut du bâtiment. Entre temps, j’aurais appris qu’il est interdit du fait du plan vigipirate de photographier des gares, “et particulièrement les rails”, “et plus encore à Toulon”, siège du premier port militaire de France.

J’aurais perdu pas loin d’une heure dans cette affaire, mais gagné une autorisation de photographier, et la visite du bâtiment par sa directrice. A propos des salons d’attente en extérieur, elle m’expliquera qu’ils ne pouvaient être placés à l’intérieur car la superficie de la gare auraient alors imposé de nombreuses contraintes, du fait du passage alors vers une autre catégorie de bâtiments. “Et puis nous sommes à Toulon, autant profiter du soleil”.

Gare de Toulon - Arch. J.-M. Duthilleul, F. Bonnefille, E. Tricaud - Photo : David Abittan

Il serait dommage de s’en priver, les voyageurs assis sous l’ombrelle l’ont bien compris. D’ailleurs, ça m’ouvre une réflexion : et si c’était le soleil finalement, qui faisait tant d’ombre à l’architecture de Toulon ? Après tout, sous le ciel gris de Paris n’est-on pas au contraire un peu trop tournée vers notre patrimoine ?

Mais ici, à Toulon, difficile de rivaliser avec l’astre du jour. Il a ceci de plus que l’architecture qu’il n’est pas nécessaire d’en raconter l’histoire pour y susciter de l’intérêt. L’architecture en revanche, elle n’a pas disparu passé 21 heures…

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