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A Ramatuelle, Bonne Terrasse : “C’est pour l’écologie”

20 avril 2016 | Par David Abittan

Troisième étape du Tour de France de l’architecture, et visite d’une petite ville très engagée en faveur de l’architecture contemporaine, malheureusement tant préservée que l’on a vite fait de passer à côté.

Centre de loisirs de Ramatuelle - Arch. Ann Guillec - Photos : David Abittan

Centre de loisirs de Ramatuelle – Arch. Ann Guillec – Photos : David Abittan

Je ne connaissais Ramatuelle que de nom, et encore. Quelques recherches sur le patrimoine architectural de la ville me renvoyaient vers le Village du Merlier conçu par l’Atelier de Montrouge, ou quelques vieux bâtiments comme la ferme Barbier, inscrite au pré-inventaire des monuments historiques.  Cet édifice du XIXème siècle, réhabilité récemment pour abriter des logements liés aux services techniques municipaux, ne m’a finalement pas paru indispensable pour présenter la ville. Les quelques bâtiments qui l’entourent en revanche…

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D’abord il y a cette crèche revêtue de tuiles bleues. Depuis la Route de Bonne Terrasse, qui mène à la plage du même nom, elle apparaît un court instant, rayonnante. Je n’en saurais pas tellement plus, sinon qu’elle est l’oeuvre de l’architecte Bernard Saillol et qu’elle a été inaugurée l’an dernier.

Juste à côté, le centre de loisirs de la ville, réalisé par Ann Guillec. Plus discret que la crèche, le bâtiment d’une dizaine d’années est également conçu avec de la terre. Non pas cuite en tuiles de façades, mais crue cette fois. Les murs en pisé – c’est ainsi qu’on l’appelle – ont une forte inertie, m’indique un employé de la mairie présent sur place. C’est à dire qu’ils stockent la chaleur et permettent une meilleure régulation de la température intérieure.

Le bâtiment est composé d’une série de boîtes de plain-pied, habillés de lames de bois et surmontés d’une toiture indépendante, détachée, qui laisse ainsi passer un courant d’air permettant là aussi une meilleure régulation thermique. L’agent municipal fait avec moi le tour de l’édifice. Il insiste sur les qualités environnementales du lieu, me parle de la toiture végétale et me montre la chaudière à bois qui alimente en chauffage les trois bâtiments municipaux alentours. Encore marqué par mon expérience lyonnaise de la semaine précédente, où la verrière du Musée des Confluences semblait ne pas ventiler suffisamment l’ouvrage, je lui demande ce qu’il en est réellement de tous ces dispositifs. Est-ce que ça marche vraiment, ou bien n’est-ce qu’un beau discours qui cache une activité intermittente ? “Ca fonctionne très bien” me dit-il, ajoutant que les économies réalisées compensent largement le coût supplémentaire lié à l’entretien, “d’autant que ce sont les agents municipaux qui s’en chargent”.

Nous discutons alors d’un autre bâtiment tout proche, construit ces dernières années, nous discutons aussi du village du Merlier que je m’apprête à visiter, enfin nous discutons d’architecture plus largement quand, au détour d’une phrase, sortent quelques mots étonnants : “l’architecture contemporaine, c’est assez rare par ici”. Je lui fais remarquer que nous sommes entourés par trois bâtiments récents, en tous points représentatifs de l’architecture contemporaine. Ce à quoi il me répond : “Oui, mais ça c’est pour l’écologie”.

Avant-hier, à Nice, un bâtiment trop approprié semblait ne pas vraiment être un bâtiment, aujourd’hui à Ramatuelle, un bâtiment qui a d’autres qualités que sa plastique ne bénéficie pas de l’étiquette “contemporain”.

Ces quelques conversations isolées ne sauraient retranscrire un point de vue forcément représentatif, mais quand même… J’ai entamé ce Tour de France après avoir trop entendu raillé des constructions qui m’étaient chères, mais peut-être le problème viendrait plutôt de ce que représente l’architecture, plutôt que de l’architecture en elle-même. Et si tout ceci n’était qu’une question de mots ?

Village du Merlier à Ramatuelle - Arch. Atelier de Montrouge et Louis Arretche - Photo : David Abittan

Village du Merlier à Ramatuelle – Arch. Atelier de Montrouge et Louis Arretche – Photo : David Abittan

Je reprend mon vélo pour visiter enfin le village du Merlier, un ensemble de maisons de vacances conçu au début des années 1960 par l’Atelier de Montrouge (Jean Renaudie, Pierre Riboulet, Gérard Thurnauer et Jean-Louis Véret) en collaboration avec Louis Arretche. Les panneaux indiquant des propriétés privés, les caméras de surveillances et les portails d’accès se succèdent sur ma route. En voulant passer par la plage, je me retrouve coincé dans une de ces “gated communities” d’où il est impossible même de ressortir sans code d’accès.

Quelques kilomètres de cotes à grimper puis j’arrive enfin au Cap Camarat, à l’entrée du village du Merlier. Ici aussi, un grand portail avec digicode me barre la route. Je suis heureusement en contact avec le gardien, prévenu de mon arrivée. Mais immédiatement, une question se pose : comment des architectes connus pour leurs engagement plutôt à gauche (Renaudie d’ailleurs était membre du Parti Communiste) ont-ils bien pu s’investir dans un projet de résidence fermée ?

Consultation faite d’un mémoire très complet réalisé par Charlotte Glatt à l’Ecole Polytechnique de Lausanne, j’ai appris que le portail n’était pas compris dans le projet d’origine. Il s’agissait initialement d’un ensemble de plusieurs villages comme celui du Merlier, mais la faillite du promoteur initial a entraîné la réalisation de ce seul ensemble de 35 maisons sur les 200 prévues initialement. Le portail est venu avec ce changement de programme. Mon autre interrogation, en entrant dans ce village, concernait les revêtements des façades. Habitué à l’esthétique brutaliste des réalisations de l’Atelier de Montrouge, ayant vu quelques images des maisons du Merlier et leurs très belles structures de béton brut, j’ai été très étonné par le crépis rosâtre qui a recouvert les arêtes des bâtiments. Là aussi, le mémoire de Charlotte Glatt m’a permis d’apprendre qu’un premier enduit est posé lors de la reprise du village par le nouveau promoteur qui peinait ” à faire apprécier à leurs acheteurs de l’époque l’apparence brutaliste des maisons”, puis le crépis actuel “au début des années 2000” rapporte-t-elle d’entretiens avec le gardien en 2012.

Enfin, la troisième remarque qui m’est venue assez vite à la visite du Merlier, c’est qu’on se sent bien seul à visiter hors saison un village de vacances. Pourtant, il semble se prêter plutôt bien aux rencontres et aux discussions : succession de placettes de formes et de tailles différentes, ruelles, escaliers plus ou moins étroits, c’est une typologie de village, et je regrette de ne pas y passer durant l’été.

Un village en pente raide, qui descend vers la mer, depuis laquelle pourtant on distingue à peine la résidence. C’est ce dernier point qui caractérise sans doute le mieux le village du Merlier, sa discrétion. Des quelques kilomètres de côtes entre Cannes et Ramatuelle, effectués le matin-même, j’avais une image toute différente de la côte d’azur. Ici au contraire, l’urbanisation est maîtrisée, en harmonie avec le terrain environnant.

La discrétion apparente du village du Merlier semble d’ailleurs aller de paire avec celle de la ville de Ramatuelle dans son ensemble. Du fait, volontaire ou non, de l’ombre faite par sa voisine Saint-Tropez, trois fois plus petite mais trois fois plus peuplée en été.

Outre le village du Merlier, et l’ensemble de bâtiments municipaux aux qualités architecturales certaines, j’ai appris au détour d’une discussion l’existence d’une villa des environs conçue par Jean-Michel Wilmotte. Je n’ai pas pu la visiter, mais l’architecte et le propriétaire m’ont fait passer quelques images.

C’est sans doute cette discrétion qui fait le charme de Ramatuelle. L’architecture n’y gagne pas forcément en notoriété, mais elle est loin d’y perdre en qualité.

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