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A Nice, station Henri Sappia : “Quel bâtiment ?”

17 avril 2016 | Par David Abittan

La deuxième étape du Tour de France de l’architecture prend place à Nice. Depuis la vieille ville, balade le long de la Promenade du Paillon, puis la Promenade des arts, avant de partir à la recherche de l’équerre d’argent 2008 au terminus de la ligne de tram.

Centre opérationnel du tramway de Nice - Arch. Marc Barani - Photo : David Abittan

Centre opérationnel du tramway de Nice – Arch. Marc Barani – Photo : David Abittan

Je ne sais pas ce que ça vaut, mais personne n’a su m’indiquer où trouver “autre chose que des vieux bâtiments” du côté de la vieille ville. Peut-être la question surprenait-elle, peut-être certains n’aiment pas se faire alpaguer par un inconnu à vélo (et en collants !), peut-être, ce vieux monsieur interrogé en plein milieu de la Promenade du Paillon ne pensait-il pas que les baraques en bois, qui abritent notamment l’office de Tourisme, et qu’il avait juste devant lui, pouvaient satisfaire ma requête. Pourtant ces bâtiments, et plus largement l’aménagement planté de Michel Péna qui traverse la ville depuis le front de mer, semblent très apprécié par les locaux et les touristes à en croire la fréquentation et l’appropriation de ces lieux.

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Tout ceci n’est pas exact, on m’a tout de même parlé de quelques bâtiments récents, en l’occurence toujours les mêmes. Les quelques niçois rencontrés devant qui j’ai dit les mots “architecture contemporaine” m’ont aussitôt cité le MAMAC, le musée d’art contemporain de la ville, et la bibliothèque municipale. Etonnant d’ailleurs qu’ils n’aient pas rajouté le Théâtre National de Nice, qui ouvre la “Promenade des arts”, suivi par les deux autres.

Certes, ces bâtiments sont très intéressants – bien qu’ils auraient pu être un peu plus ouverts vers la villes plutôt qu’enfermés sur leur dalle – mais tellement imposants qu’on croirait qu’ils compensent le manque de constructions de leur époque dans les environs. Il y a bien un autre bâtiment contemporain non loin, par un architecte assez renommé par ailleurs, mais dans un style que je ne lui connaissais pas.

Jacques Ferrier, l’auteur de bâtiments souvent vitrés, légers, de verre et de métal , a réalisé le Tribunal de Commerce à Nice. J’ai cherché l’adresse sans avoir jamais vu d’image, et j’ai dû passer plusieurs fois devant avant de comprendre qu’il était là ! La couleur, les arcades, l’étonnante balustrade de pierre… C’est assez loin des sièges d’Hachette à Vanves ou de Piper Heidsiek à Reims par exemple.  Ca n’en faisait pas moins partie des bâtiments mis en avant dans le cadre des Journées Portes Ouvertes organisées l’an dernier par l’Ordre des architectes.

Pour terminer la balade, j’ai suivi les voies du tramway jusqu’au terminus, station Henri Sappia. Marc Barani, Grand Prix National d’architecture, avait reçu pour son “Centre opérationnel du tramway” l’équerre d’argent en 2008. J’avais lu dans un article de Jean-François Pousse sur le site d’AMC que le bâtiment “réhabilitait” ceux alentours, mais je ne comprenais pas bien à la seule lecture des photos l’emprise de l’ensemble vis-à-vis du quartier qu’il jouxte.

 

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Sur la route, j’aperçois assez vite la vigie qui domine l’ensemble, et son gros point rouge. Je ne sais pas s’il s’agit d’un signal nécessaire à la circulation des trams, mais vis-à-vis de la ville le repère est évident. En m’approchant, je commence à saisir la complexité du site décrite par Jean-François Pousse : un dénivelé important, des flux de circulation qui se croisent… Aux dernières dizaines de mètres de la ligne de tram, juste après un passage par dessous l’autoroute, j’interpèle un voisin et lui demande s’il était déjà là avant la construction du bâtiment. Du tac-au-tac il me répond : “Quel bâtiment ?”

A ce moment-là, je me demande vraiment quoi penser de ces niçois qui ne voient pas l’architecture qui les entourent ! Et puis je continue d’avancer vers la vigie, et là je comprends ! Ce n’est pas juste une vigie, ce n’est pas juste un bâtiment que Marc Barani a conçu, c’est une articulation, une interface ! Les gens montent dans le tram, en descendent, passent par les escaliers centraux, ou ceux plus en retrait, direction plus haut, plus bas, ou vers le parking relais qui fait également partie de l’ensemble. C’est assez rare de pouvoir s’éviter de hauts escaliers lorsqu’on est accompagné d’un vélo. Pour une fois qu’il y a un ascenseur, je m’y précipite, pour rejoindre la partie supérieure de l’ensemble. J’y croise une vieille dame, Monique qui se dit ravie de pouvoir éviter elle aussi l’escalier pour rejoindre son quartier : “ça nous a changé la vie !” Alors oui, elle “aimait bien aussi les arbres” qui se trouvaient là, certes elle “récupère maintenant toute la poussière de l’autoroute sur son balcon”, mais désormais elle n’habite plus ces tours “complètement excentrées”.

Ma balade s’arrête là, et je n’aurais pas le temps de pousser jusqu’à Drap, à 10 kilomètres en remontant dans les terres. Je ne verrai donc pas le Lycée René Goscinny de José Morales et Rémy Marciano, que les photos de Philippe Ruault me faisait aimer d’avance. Au moins, dans cette commune de 4300 habitants, j’aurais pu poser des questions à propos de ce nouveau lycée sans que l’on me réponde “quel bâtiment ?”.

Après réflexion, c’est peut-être une bonne chose qu’un bâtiment suscite ce genre de réaction. Dans une grande ville au moins, c’est peut-être le signe que le lieu est tant approprié qu’il en devient évident. Comme s’il avait toujours été là, même s’il n’a pas dix ans.

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