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A Lens et à Lille : “On a eu des malfaçons !”

19 mai 2016 | Par David Abittan

Au programme des 13ème et 14ème étapes du Tour de France de l’architecture : un passage par Amiens, une visite-express à Lens et un après-midi à Lille pour faire le tour des nouveaux quartiers.

Ilôt 5 - Arch. Hondelate Laporte Architectes - Photo : David Abittan

Ilôt 5 – Arch. Hondelate Laporte Architectes – Photo : David Abittan

Le Tour de France de l’architecture allait se bientôt terminer. Cela faisait pas loin d’un mois que j’étais sur les routes et il ne me restait que quelques étapes avant d’avoir atteint mon objectif d’une vingtaine de villes à travers le pays. Ces villes avaient été sélectionnées en amont selon trois critères principaux : le nombre d’habitants, l’emplacement, et bien sûr les spécificités urbanistiques et architecturales. Il s’agissait à travers tous ces exemples de donner à voir la diversité des villes de France sur chacun de ces points.

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Entre deux villes, j’en ai aussi traversé d’autres qui ne faisaient pas partie du programme initial. L’avantage du vélo, c’est que l’on peut facilement s’arrêter, se retourner, le poser un instant et se remettre en selle immédiatement après. Toutes ces rapides visites ne sont pas retranscrites dans le cadre du voyage, il y a déjà suffisamment à dire avec le reste.

Mais je les garde en tête, pour une prochaine fois : Hyères, La Seyne-sur-Mer, Le Barcarès, Anglet, Vierzon, et bien d’autres. Enre Rouen et Lens par exemple, j’aurais bien aimé avoir eu plus de temps pour m’arrêter à Amiens. Des vingt minutes que j’y ai passé je n’ai pu garder qu’une série d’images.

A Lens aussi c’était une visite assez rapide, de quelques heures à peine. J’ai trouvé le temps, malgré tout, de discuter avec des habitants du quartier Grande Résidence. Un ensemble de tours transformé au fur et à mesure des années jusqu’à laisser la place à des logements beaucoup moins denses, dans le cadre d’une convention ANRU engagée il y a une dizaine d’années. A la sortie de l’école Lapierre, des parents d’élèves me confirment : “Il y a désormais moitié moins de tours, pour un tiers d’habitants en moins”. Un mot revient à propos de l’évolution du quartier, il est plus “aéré” me dit-on.

Quant au très ludique groupe scolaire qui nous fait face, mes interlocuteurs passent rapidement sur la qualité architecturale de l’ensemble pour en venir très vite aux quelques malfaçons qui ont animé les premiers mois de mise en service du lieu.

Il y aurait eu, semble-t-il, quelques soucis avec les fenêtres. Pas grand chose à l’échelle d’une construction, mais sans doute assez de contraintes pour n’avoir que ça à dire lorsque l’on est interrogé sur un bâtiment que l’on fréquente régulièrement. “C’est l’esprit français de ne remarquer que ce qui ne marche pas” me disait un journaliste rencontré quelques jours plus tôt.

Un autre interlocuteur, bien conscient des malfaçons récurrentes qui accompagnent l’achèvement des constructions, pointait plutôt les entreprises impliquées dans les chantiers : “Les grands groupes de BTP font la loi, ils cassent les prix et obligent tout le monde à travailler vite et mal !” Mais face aux usagers directement concernés, et ici notamment, j’ai souvent entendu une mise en cause de l’architecte. A croire que ce n’est pas tout de concevoir de beaux espaces, agréables et bien pensés.

Plus tard au Louvre-Lens, un représentant du musée que je lance sur le sujet se montrera moins ardent à propos des fuites d’eau survenues l’été dernier. Il ne cessera au contraire de me louer la fonctionnalité et l’élégance du bâtiment.

Des rares visiteurs croisés en cette toute fin d’après-midi, je n’ai pas pu recueillir beaucoup de témoignages pour confirmer le ressenti. Quant à ma propre expérience, si j’avais trouvé l’endroit terriblement triste et austère lors de ma précédente visite, je l’ai complètement redécouvert cette fois-ci, bien plus éclatant que dans mes souvenirs, malgré le temps gris.

Louvre-Lens - Arch. Sanaa - Photo : David Abittan

Louvre-Lens – Arch. Sanaa – Photo : David Abittan

A Lille, le lendemain, le procès de la malfaçon refera son apparition. En direction de la Porte de Valenciennes, dans le prolongement d’Euralille, quelques bâtiments de logements m’intriguent. Des maisons mitoyennes, ou des petits immeubles, d’où s’échappent des balcons en bois. Entre deux ouvrages, d’étroites allées qui mènent à de plus larges jardins desservant une succession de portes d’entrées.

A quelques rues seulement des tours d’Euralille, le quartier du Bois habité, pensé par Delphine Baldé de l’agence François Leclercq Architectes Urbanistes, réinterprète la cité-jardin du siècle précédent en plongeant plusieurs centaines de logements dans près de 3 hectares de verdure. Plus je m’approche et plus j’envie les riverains ! Jusqu’à ce que je rencontre une première d’entre elles, qui ne me parlera que de fuites, de peinture ternies, et d’une mauvaise isolation phonique : “beaucoup de gens veulent partir regardez tous les panneaux ‘à vendre’ ou ‘à louer'”.

Je ne crois pas avoir vu plus de logements vacants qu’ailleurs, pourtant les malfaçons ne seraient pas les seuls causes de son désamour. Tandis que j’insiste sur l’atmosphère paisible du lieu, elle m’interrompt : “Au début c’était bien, on était tous seuls ici. Et puis il y a eu l’immeuble [Irisium], et d’autres bureaux encore, ce n’est plus du tout la même chose !”. Elle se plaindra également des stationnements alentours devenus payants depuis peu, malgré le parking en sous-sol qui ne serait “pas suffisant si on a plus d’une voiture”.

Depuis la terrasse d’un autre immeuble du quartier, un habitant m’assurera au contraire que le quartier correspond en tout points à ses attentes : “le cadre de vie est exceptionnel !” me justifie-t-il. J’en garde le même ressenti, un cadre de vie d’autant plus appréciable que le contexte laissait présager autre chose : la large rocade qui entoure la ville file à quelques dizaines de mètres de là, doublée par les voies de trains menant aux deux gares non loin. De l’autre côté, le quartier Lille Fives, vers lequel je me rend désormais.

Passée la voie rapide les bâtiments sont homogènes, alignant des façades en briques de trois niveaux sur moins de dix mètres de largeur. A quelques endroits, les parcelles ont sans doute été rassemblées pour permettre de nouvelles constructions, par exemple la résidence Jeanne Leclercq, que l’architecte Sophie Delhay présente sous le nom de Machu Picchu.

Deux bâtiments se font face perpendiculairement à la rue, respectivement trois et six étages pour une cinquantaine de mètres de profondeur. A l’intérieur 53 logements de grande qualité, traversants et lumineux. Mais aussi une succession de plusieurs “espaces partagés”, d’amusantes boites jaunes qui marquent les paliers du grand escalier passant au travers du bâtiment par sa diagonale.

Une locataire, croisée dans le jardin central, me présentera les différents lieux, ainsi que le potager commun. Je reste perplexe devant le nombre de dispositifs mis à l’usage de la communauté, mais elle m’assure que l’ensemble est bien approprié par les habitants. Plus on discute et plus je me dis que je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi enjoué me parler de son logement. Outre les lieux en eux-même, elle mentionne beaucoup ses voisins, les apéro et les autres activités qu’ils organisent ensemble.

De là à dire que l’architecture n’a rien à voir avec tout ça ? Certainement pas, car c’est le plan du bâtiment qui permet les rencontres : des coursives à chaque étage, beaucoup d’espaces communs, des stockages, des terrasses, etc.

En revanche, pour mettre en place les projections de films, pour animer les différents ateliers qui sont proposés, le travail du bailleur n’est pas non plus anodin. Une médiatrice socio culturelle, embauchée par Sia Habitat, est sur place ainsi que dans deux autres résidence pour coordonner les événements et “entretenir les liens sociaux”.

De toute la discussion il ne sera pas cette fois question de malfaçons quelconques. Est-ce à dire que la construction est irréprochable sur ce point, ou bien n’est-il mentionné que lorsque d’autres éléments rendent le rapport au bâtiment conflictuel ?

Ce ne sont pas ces quelques jours passés dans le Nord qui me permettront de répondre à la question. J’y aurais en revanche appris que l’architecture n’est pas tout. Que l’architecte n’est pas le seul acteur d’une réussite peut-être, mais qu’il n’est pas non plus le seul responsable des imperfections.

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